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Sahel — JNIM
Juillet 2025 Veille sécuritaire

Sahel : la montée du JNIM, nouvelle donne sécuritaire pour les opérateurs européens

Sources : ACLED, ICG, rapport ONU S/2024/901, OSINT terrain

Le retrait des forces françaises du Sahel et la dissolution de la MINUSMA n'ont pas créé un vide — ils ont accéléré une recomposition. Le principal bénéficiaire de cette recomposition est le JNIM, coalition jihadiste affiliée à Al-Qaïda, dont l'expansion territoriale redéfinit le cadre sécuritaire pour tout opérateur européen encore présent dans la bande sahélienne.

Un terrain reconfiguré après le retrait occidental

Entre 2022 et 2024, le paysage sécuritaire sahélien a subi une transformation structurelle. Le retrait de Barkhane, la fin de Takuba, puis la dissolution de la MINUSMA en décembre 2023 ont supprimé les trois piliers de l'architecture sécuritaire internationale dans la région. Parallèlement, les juntes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont rompu avec Paris et réorienté leurs partenariats vers Moscou — sans que cette réorientation ne produise de résultats tangibles sur le terrain.

Le résultat est un espace dans lequel les groupes armés non étatiques opèrent avec une liberté de mouvement accrue. Les forces armées nationales, malgré un discours souverainiste offensif, peinent à contrôler des territoires entiers. Le centre du Mali, le nord du Burkina Faso et la zone des trois frontières sont aujourd'hui des espaces où l'autorité étatique est soit absente, soit contestée.

Le Sahel post-2023 n'est pas un vide sécuritaire. C'est un espace de compétition entre acteurs armés où l'État est un compétiteur parmi d'autres — et rarement le plus efficace.

Le JNIM : structure, implantation, stratégie d'expansion

Le JNIM (Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin) a été fondé en mars 2017 sous l'impulsion d'Iyad Ag Ghali, figure touarègue historique devenue pivot de l'insurrection jihadiste au Mali. La coalition regroupe quatre entités : Ansar Dine, la katiba Macina (dirigée par Amadou Koufa), Al-Mourabitoun et l'émirat saharien d'AQMI. Cette structure confédérale est son principal atout : elle permet au JNIM d'opérer simultanément dans des contextes ethniques et géographiques différents tout en maintenant une unité de commandement souple.

L'affiliation au réseau Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) lui confère un cadre idéologique global, mais le JNIM fonctionne d'abord comme un acteur local. Sa stratégie repose sur trois piliers :

L'expansion géographique est significative. Si le JNIM s'est historiquement structuré au Mali, son implantation au Burkina Faso est désormais massive — le pays concentre aujourd'hui le plus grand nombre d'incidents armés attribués au groupe selon les données ACLED. L'extension vers le nord-ouest du Niger, déjà amorcée en 2023, s'est accélérée après le coup d'État de Niamey en juillet 2023 et la désorganisation consécutive des forces de sécurité nigériennes.

Évolution 2024-2025 : intensification et recomposition

L'année 2024 a marqué une inflexion. Selon les données ACLED compilées sur la période, les attaques attribuées au JNIM ont augmenté de 30 à 40 % en volume par rapport à 2023, avec un élargissement notable de la zone d'opérations vers le sud — régions de Sikasso au Mali, Cascades et Sud-Ouest au Burkina Faso, zones frontalières avec la Côte d'Ivoire, le Togo et le Bénin.

Parallèlement, la rivalité avec l'EIGS s'est intensifiée. Les deux organisations se disputent le contrôle de la zone des trois frontières (Mali-Burkina-Niger) et du Liptako-Gourma. Cette compétition intra-jihadiste se traduit par des affrontements directs entre combattants des deux mouvements, des déplacements de populations et une aggravation de l'insécurité dans les corridors disputés. Le rapport du Secrétaire général de l'ONU S/2024/901 documente cette dynamique et note que la fragmentation du paysage jihadiste complique toute tentative de négociation ou de stabilisation.

La rivalité JNIM-EIGS n'est pas une bonne nouvelle pour la sécurité régionale. Deux organisations en compétition multiplient les opérations pour démontrer leur capacité — et les populations civiles comme les opérateurs économiques sont pris entre deux feux.

Début 2025, le JNIM a démontré sa capacité à mener des opérations complexes : attaques coordonnées contre des garnisons militaires, embuscades sur les axes routiers principaux, et prises de contrôle temporaires de localités. Le groupe a également renforcé son appareil de communication, produisant des contenus de propagande plus sophistiqués destinés au recrutement local et à la légitimation de sa gouvernance.

Impact sur les opérateurs européens

Pour les entreprises et investisseurs européens encore présents dans la bande sahélienne, cette évolution impose une réévaluation complète du risque. Plusieurs secteurs sont directement exposés :

Le risque d'enlèvement de ressortissants européens reste élevé. Le JNIM a historiquement utilisé la prise d'otages comme levier de financement et de négociation politique. La rupture des canaux diplomatiques entre les juntes et les capitales européennes complique considérablement toute gestion de crise en cas d'incident.

Signaux faibles à surveiller

Plusieurs dynamiques émergentes méritent une attention structurée de la part des analystes et des décideurs :

Ce que les décideurs doivent intégrer

L'environnement sahélien n'autorise plus l'approximation. Les opérateurs européens qui maintiennent des activités dans la région — ou qui envisagent d'y entrer — doivent intégrer les éléments suivants dans leur processus de décision :

Le Sahel n'est pas devenu impraticable. Mais il est devenu un environnement où le coût de l'ignorance est devenu inacceptable. La différence entre un opérateur qui gère le risque et un opérateur qui le subit tient à la qualité de son renseignement.

La montée en puissance du JNIM est un fait structurel, pas un épisode conjoncturel. Les conditions qui ont permis son expansion — retrait occidental, fragilité des États, rivalité jihadiste, économie informelle captable — ne sont pas en voie de résolution. Les opérateurs européens qui choisissent de rester dans cet environnement ont besoin d'une lecture continue, indépendante et opérationnelle de la situation. C'est exactement ce à quoi sert l'intelligence économique appliquée aux contextes dégradés.

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